La dysphorie de genre – Transgenre

conférencière trans

Dans mon domaine et plus particulièrement dans le cadre de l’épilation à l’électrolyse et au laser, nous recevons des hommes, des femmes ainsi que des personnes en transition d’identité de genre (transgenre). Bien évidement vous devinerez qu’en épilation il s’agit de personnes trans (en transition) en processus de féminisation de leurs corps.

Pour ces personnes, l’épilation définitive au laser ainsi que la microtrolyse (épilation à l’électrolyse avec microscope) répond parfaitement à leurs besoins de refléter et de mieux vivre leurs expressions de genre » .

Pour nous qui sommes en harmonie avec notre identité de genre, c’est très difficile de comprendre la souffrance que provoque la dysphorie du genre.

J’ai la chance d’avoir comme cliente Stéphanie Alyson Gravel qui depuis son « coming out » s’implique dans le milieu LGBT, conférencière, blogueuse, elle va nous raconter son parcours.

Merci Stéphanie!

 

 

Mon histoire débute à peu près de la même façon que les autres. Dans mes plus vieux souvenirs, je prenais mon bain avec ma grande soeur et notre mère nous lavait. Je me souviendrai toujours d’avoir remarqué que moi et ma soeur n’avions pas le même entrejambe. Je me souviens aussi d’avoir demandé à ma mère pourquoi nous étions différentes et si j’allais, un jour, être comme elle et ma soeur? Ma mère m’a répondu que je suis un garçon et qu’elles sont des filles. Elle m’a expliqué avec des mots que je comprenais, ce que tout ça voulait dire. Ça m’a rendu vraiment triste. Par après, tous les soirs, je demandais en prière d’être une fille à mon réveil.

À l’âge de sept ans, j’ai eu mon premier contact direct avec la mort; ma grand-mère paternelle est décédée. Suite à cet évènement j’ai essayé, sans vraiment savoir comment faire, de vivre ma vie de fille en cachette; j’avais trop peur de décevoir mes parents. Sauf que je n’étais pas une enfant subtile, faire les choses en cachette n’a jamais été un talent naturel chez moi. À la première occasion, je me suis fait prendre à tenter de porter les vêtements de ma grande soeur. J’avais simplement le goût d’être une fille comme les autres. Sauf que ce n’était pas le plan qu’on avait pour moi. J’étais physiquement un garçon et un gars ne porte pas de vêtements traditionnellement assignés au genre féminin. Cette journée-là j’ai eu droit à tout un discours. Comment je me sentais n’avait pas d’importance. Que diraient les gens si mes parents me laissaient faire? J’étais un garçon et je devais adopter un comportement approprié.

À l’école, les autres étaient heureux d’être « fille » ou « garçon ». Moi, je me posais des questions et je savais que je ne pouvais en parler à personne. Ce genre d’aveu m’aurait classé instantanément dans la catégorie « cible à agresser » et mes parents auraient eu honte de moi. Au mieux, on aurait sûrement tenté de me faire rééduquer par des psychologues. Au pire, j’aime autant ne pas y penser… On était dans les années ’80 et des enfants/ados trans, officiellement, ça n’existait pas. J’ai su en première année du secondaire que j’étais une personne trans (ou transsexuelle comme on disait à ce moment-là) en lisant un dictionnaire Larousse médical sur l’heure du dîner à la bibliothèque de mon école polyvalente. En arrivant à la lettre « T », j’ai découvert le terme « transsexuelle ». Ce dictionnaire a mis de nouveaux concepts dans ma tête, il y avait des solutions à ma situation. Malheureusement, il mentionnait aussi que les personnes transsexuelles étaient des personnes souffrant de maladie mentale. J’ai tout fait pour vaincre ma condition de personne trans. Mon adolescence a été particulièrement déstabilisante. D’un côté, j’espérais secrètement que mon corps me donnerait un coup de main pour convaincre mon entourage que j’étais une fille. Évidemment, ça n’est jamais arrivé. J’étais en détresse psychologique; je ne pouvais rien partager de cette condition avec quiconque de mon entourage. De l’autre côté, j’étais aussi « socialement » satisfaite parce que personne ne saurait jamais rien de mon secret: De ma « maladie mentale ». Je vivais en plein paradoxe et j’essayais seulement de garder ma santé mentale, au propre comme au figuré.

Dans la vingtaine, j’ai cru que j’avais « gagné » ma guerre personnelle contre ce puissant sentiment/instinct qui me disait que j’étais une femme. Rien n’était plus faux mais ça je ne le saurai que des années plus tard. Le prix à payer était énorme. J’étais malheureuse et seule. Aucune vie amoureuse, aucune carrière, aucune ambition, aucun espoir d’arriver à quoi que ce soit. J’avais un sentiment constant de vide et une relation « mécanique » avec mon corps. Je prenais ma douche pour être propre et quand je me regardais dans le miroir c’était pour me brosser les dents ou me raser. Je ne me trouvais pas belle, ni laide. J’étais persuadée que l’amour ça n’arrivait qu’aux autres. En gros, je ne m’aimais pas et je ne me haïssais pas. C’était pire encore; je m’indifférais et j’ai longtemps eu l’impression d’être simplement une observatrice de ma vie. Puis j’ai déniché un emploi décent qui m’a permis d’accumuler des surplus monétaires; je m’étais habituée à vivre avec trois fois moins d’argent. Alors, j’ai commencé à voyager en Europe avec mon sac à dos. Ces voyages m’ont redonné un peu de vie et de confiance en moi. J’étais encore une personne troublée par sa transidentité mais en voyage j’avais le cerveau occupé à découvrir. J’ai fait de belles rencontres et lorsque je suis revenue de voyages j’avais beaucoup gagné de confiance en moi. Par la suite, j’ai rencontré la mère de mes enfants. Avec elle, j’étais persuadée que je pourrais vivre une vie d’homme et que ça pourrait être satisfaisant, alors nous nous sommes mises un couple. Dans la trentaine, c’est devenu plus difficile, je suis retournée à l’école faire un DEP en construction, je suis devenue parent à plusieurs reprises, j’ai vécu dans une maison que j’ai rénovée pendant plus de 7 ans et je suis devenue aidante naturelle de mon père pendant plus de 6 ans; il était atteint d’une maladie neurodégénérative extrêmement rare. Naturellement, mon couple n’a pas résisté.

À quarante ans, je quittais pour toujours la maison que j’avais construite. Je souffrais encore de ne pouvoir être moi, la vraie moi. Malgré ça, l’année suivante, j’ai tenté le tout pour le tout. Je devais battre cet instinct féminin, je devais battre ces sentiments profondément ancrés en moi. J’étais persuadée que la partie rationnelle de notre esprit avait le pouvoir absolu de tout contrôler. Je me souviens d’avoir dépensé une petite fortune en vêtements. Je crois même que je paraissais bien. Mon égo masculin savait que je pouvais passer pour un « vrai homme ». Contrairement à l’époque où je vivais avec la mère de mes enfants et que je me croyais guérie de ma transidentité, l’année après ma séparation m’a fait comprendre que ça ne partirait jamais. On a beau m’avoir élevée pour faire un homme de moi, faire en sorte de réprimer tout comportement considéré comme féminin et même de me faire intégrer inconsciemment des mécanismes auto-destructeurs dans la tête en cas de transgression des normes du genre, je n’avais plus le choix: la mort ou le « coming out ». Le premier jour de mes quarante-deux ans j’ai assumé ce que je suis; je suis une femme, je l’ai toujours su et ce, peu importe la force avec laquelle j’ai tenté de le nier. Mes trois enfants sont mes anges gardiens. Quand je le leur ai dit, ils m’ont acceptée pour ce que j’étais. Je les aime de tout mon coeur et ils me le rendent bien en m’aidant à m’accepter.

J’ai constaté les changements hormonaux après quelques mois de traitement. Ma perception de moi s’est mise à changer. Après des années de « regards mécaniques » dans le miroir, j’ai commencé à me regarder avec plus d’attention. J’aimais et j’aime encore les changements qui se produisent en moi et sur mon visage. C’était un sentiment inconnu pour moi, je commençais à aimer l’image que le miroir me renvoyait. Ça faisait des décennies que mon identité de genre me rongeait. Sans le savoir, ça me drainait une énorme quantité d’énergie. Quelque chose dont personne ne m’a jamais parlé s’est produit, j’ai commencé avoir une meilleure mémoire et de meilleures capacités cognitives de concentration et d’apprentissage.

Chaque jour j’aime un peu plus la personne que je deviens. Parfois, il m’arrive même de me trouver belle! Les personnes trans sont souvent très dures avec elles-mêmes sur les questions d’apparence. On n’efface pas des décennies d’hormones comme ça, il faut du temps, de la patience et aussi un peu d’aide; j’avoue que les soins esthétiques ont été et sont encore d’une très grande utilité. Particulièrement l’épilation qu’elle soit au laser ou par électrolyse. Bien sûr, ça prend du temps et je découvre à tous les jours de nouveaux sens au mot persévérance. Après une vie à vivre pour me conformer aux autres, ça me fait tout drôle de m’occuper de moi. Je vois bien les effets positifs sur ma confiance et mon bien-être. J’en suis maintenant à la mi-quarantaine et j’ai plus d’avenir maintenant que j’en avais il y a vingt ans! C’est tellement important d’être bien dans sa peau, de s’accepter comme on est et si en plus on peut avoir un petit coup de pouce pour mieux se sentir, pourquoi pas?

Stéphanie Alyson Gravel

Voici Stéphanie lors d’une conférence
Être transgenre: Au-delà de ce que nous savons | Stéphanie Alyson Gravel | TEDxMontreal

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